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Amir Khan, ou l’amour du risque

Amir Khan a récemment pris sa retraite, à l’âge de 35 ans. Le natif de Bolton a disputé 40 combats au cours de sa carrière, et a remporté des titres en lightweight et en super-lightweight.

Cette retraite met un terme à une carrière en dents de scie. Khan aura connu le sommet de son art, a remporté de magnifiques victoires, mais a également essuyé des défaites terribles. Révélé par sa participation aux jeux olympiques d’Athènes en 2004, le jeune Amir Khan, tout juste âgé de 17 ans, reviendra à la maison avec la médaille d’argent, cristallisant ainsi les espoirs du public britannique qui attendait la prochaine super star qui succéderait à Lennox Lewis, l’enfant du pays.

 

Amir Khan, 17 ans, pose fièrement avec sa médaille d’argent, remportée aux Jeux Olympiques d’Ahtènes en 2004.

 

La déception fût donc immense quand, à peine quatre ans plus tard, Khan s’inclina par KO face à Breidis Prescott lors de son 19ème combat. Une défaite qui aura un retentissement énorme outre-manche. Auparavant considéré comme le petit prodige qui allait rendre ses lettres de noblesse à la boxe anglaise, Amir Khan est désormais considéré comme une énorme déception. Les médias conspuèrent de manière unanime ce petit jeune de 21 ans devenu une honte pour le pays tout entier.

Le boxeur que le public aimait détester

Un grand huit émotionnel, où le boxeur alternera entre l’amour du public et les moqueries incessantes à peine dissimulées. Une relation bipolaire et ambivalente, qui résume à merveille l’ensemble de sa carrière.

Un an avant cette défaite surprise, Amir Khan s’était emparé de son premier titre chez les professionnels lors de son 13ème combat, au cours duquel il s’imposera face à Willie Limond, remportant ainsi la ceinture Commonwealth des lightweight. Un combat qui ne fût cependant pas sans encombres, puisque le jeune anglais subit un knockdown pendant ce combat. Un premier signal d’alarme pour les observateurs.

Malgré cette frayeur, Khan continua sa progression, et mis à part cet accident face à Prescott, il poursuivit son ascension avec brio : à peine quelques mois plus tard, il remporta cette fois son premier titre majeur, la ceinture WBA des super lightweight, ravie à l’ukrainien Andreas Kotelnik. Une ceinture qu’il défendra brillamment à 5 reprises, et face à des adversaires de renoms tels que Zab Judah, Paulie Malignaggi ou encore Marcos Maidana. Ce dernier sera par ailleurs victime d’un mythique coup au corps qui l’enverra au tapis.

Un superbe crochet au corps envoie Marcos Maidana au tapis, qui se tord de douleur en raison de la violence et de la précision du coup, porté au foie.

Une performance d’autant plus mémorable face à un terrible cogneur comme Maidana, qui a remporté 31 de ses 40 combats par KO, et qui était ensuite passé tout près de détroner l’américain Floyd Mayweather en 2014. Mais surtout une expérience éprouvante pour les fans de Khan, qui sentaient que le KO pouvait arriver à tout moment.

Dire que les combats de Khan étaient très usants nerveusement serait un euphémisme. A chaque combat ou presque, l’anglais est passé tout proche de la catastrophe, parvenant parfois à la contourner de justesse, ou a contrario, l’encaissant en pleine figure, à l’image de son combat face à Danny Garcia en 2012. Probablement galvanisé par son succès dans les premiers rounds, Khan s’était mis en tête d’échanger à courte distance avec Danny Garcia. Bien mal lui en a pris, puisqu’il s’inclina par TKO dans le quatrième round, après avoir essuyé deux knockdowns.

 

Envoyé au tapis à deux reprises, Amir Khan finira par s’incliner par TKO dans le quatrième round d’un combat au cours duquel son imprudence lui aura couté la victoire.

Un style à mi-chemin entre la folie et le génie

Amir Khan avait ce défaut, qui ne l’a jamais quitté durant toute sa carrière : son engagement était total, et ce, dans chaque combat. Un style intrépide et risqué, à mi-chemin entre l’inconscience et le génie, qui garantissait systématiquement un combat étincelant, mais qui a également été responsable de ses pires défaites. La plus fameuse restera sans aucun doute celle infligée par Canelo Alvarez en 2016, lorsque le britannique essuya l’un des plus gros KO de l’année, dans un combat qu’il semblait en mesure de remporter.

 

 

Suite à cette défaite, Khan n’a plus été le même. Lors de ses combats suivants, il n’a été que l’ombre de lui-même. Quelque chose en lui s’est brisé ce soir de mai 2016, lorsqu’il s’effondra au tapis.

Amir Khan a livré son dernier combat en février 2022 face à Kell Brook, qui infligea au britannique la sixième et dernière défaite de sa carrière. A la suite de ce combat perdu, il décida de raccrocher les gants, une bonne fois pour toutes.

On ne peut s’empêcher d’avoir une impression de gâchis lorsque l’on se penche sur la carrière de Khan. Rapide, technique mais trop engagé dans ses combats et pas aidé par un menton fragile, son style aura fait son histoire : un des plus grands boxeurs des années 2010, mais qui laissera à tout jamais un goût d’inachevé.